Vous avez dit : Métaphysique ?
Bien que la métaphysique constitue aujourd’hui une discipline philosophique circonscrite, la notion traîne encore avec elle un soupçon dont elle n’est pas tout à fait parvenue à se défaire. L’origine même du terme, forgé à partir du classement des traités aristotéliciens placés meta ta physika – « après les livres de la physique » –, témoigne de cette indétermination initiale. Très tôt, cependant, le mot en est venu à désigner une forme de pensée aspirant à dépasser ce qui est immédiatement donné afin d’interroger le sens profond du réel. Ces interrogations ne sont toutefois pas le seul apanage des traités anciens : elles affleurent dès qu’on se demande, par exemple, si nos décisions sont vraiment libres ou entièrement façonnées par des causes qui nous dépassent, ou encore si les structures abstraites que nous manipulons – les nombres, les lois, les valeurs – ont une réalité propre en dehors de l’esprit qui les pense. Il faut ainsi entendre dans la subsistance du mot « métaphysique » moins le maintien d’une pratique univoque que la transmission d’un ensemble de démarches et de problèmes – dont les pratiques contemporaines témoignent à leur manière. C’est dire que la métaphysique désigne avant tout une aspiration philosophique fondamentale : celle de penser ce qui excède l’expérience immédiate et ses déterminations particulières.
Les remises en question dont la métaphysique a fait l’objet aux XIXe et XXe siècles ont profondément transformé la manière d’en concevoir les ambitions. L’essor de la méthode empirique, par exemple, a contribué à mettre en doute la légitimité d’une connaissance purement spéculative du réel. La science moderne s’est ainsi posée en discipline rivale de la métaphysique, revendiquant comme elle la capacité de pénétrer au plus profond des choses pour en révéler la structure fondamentale. D’un point de vue pratique, la métaphysique s’est également vu reprocher son abstraction ainsi que son aveuglement à certaines formes d’altérité ou d’expérience concrète. Les approches critiques et pragmatiques ont souligné les effets normatifs et politiques de ces structures métaphysiques hiérarchisantes, envisagés comme des mécanismes intellectuels de légitimation du statu quo.
En dépit de ces critiques, la métaphysique connaît depuis plusieurs décennies un regain d’intérêt marqué. Celui-ci se manifeste aussi bien dans le développement de la métaphysique analytique contemporaine — autour des questions de modalité, d’objectivité ou de causalité — que dans le renouvellement de traditions phénoménologiques, herméneutiques, critiques ou spéculatives longtemps associées à une méfiance à l’égard de la pensée métaphysique. Cette résurgence touche également l’histoire de la philosophie, où la reconstruction de systèmes conceptuels devient l’occasion d’une intervention dans les débats philosophiques contemporains. Les frontières traditionnellement établies entre courants dits « analytiques » et « continentaux » se trouvent ainsi parfois reconfigurées en fonction de préoccupations métaphysiques communes.
En phase avec la vocation généraliste de la revue, cette cinquième édition a pour objectif de démystifier le sens et l’usage de la discipline que l’on nomme encore aujourd’hui « métaphysique ». Ce travail exploratoire implique la mise en lumière des continuités et discontinuités entre, d’une part, les formes historiques que la pensée métaphysique a revêtues au sein de la tradition philosophique et, d’autre part, les pratiques contemporaines qui s’efforcent d’en renouveler le sens. Ces deux perspectives, ainsi que leurs contreparties critiques, sont aujourd’hui bien représentées sur la scène philosophique québécoise, témoignant à une échelle réduite de la vitalité et de l’intérêt pour la réflexion métaphysique. Ainsi, les contributions sur la possibilité ou l’impossibilité de la métaphysique aujourd’hui, sur le rapport de la métaphysique à l’expérience ordinaire ou encore sur les usages extra-universitaires des catégories métaphysiques sont les bienvenues.
Ce dossier thématique entend réunir des contributions issues de diverses traditions philosophiques afin de faire dialoguer des pratiques contemporaines de la métaphysique. D’autres angles d’approche que ceux suggérés dans cet appel restent les bienvenus, dès lors qu’ils s’inscrivent dans les préoccupations du dossier.
Les personnes souhaitant soumettre une proposition de contribution sont invitées à consulter le guide des normes éditoriales de Lampadaire. Les contributions doivent être soumises dans l’une des quatre rubriques suivantes :
Longueur: 13 000 à 17 000 caractères espaces compris
Publication d’articles de vulgarisation des recherches actuelles en philosophie ayant une affinité avec la thématique du dossier. Cette section veut rendre accessible le savoir issu de la recherche en philosophie. Les articles de recherche, les commentaires critiques et les recensions de la littérature sont acceptés dans cette section à la condition que le lien avec le dossier thématique soit présent et explicite.
Longueur: 10 000 à 12 000 caractères espaces compris
Publication de courts articles ayant pour but de défendre une prise de position philosophique en lien avec le dossier thématique. Cette section est propice au débat public sur des sujets d’actualité. Dans cet ordre d’idées, il est possible de répondre à des publications des dossiers précédents de la revue dans cette rubrique.
Longueur: 1-3 pages ou 4000 à 8000 caractères espaces compris
Espace accessible et ouvert aux réflexions philosophiques de tout acabit soulevées par la thématique du dossier. Les propositions ayant une forme moins conventionnelle en philosophie sont encouragées (bande dessinée, fiction, poésie, conte, etc.).
Longueur: 10 000 à 12 000 espaces compris
Publication d’articles ayant pour but d’introduire les lecteurs à une notion ou une idée philosophique soulevée par la thématique du dossier. L’objectif de cette rubrique est de fournir aux professeur.e.s du collégial du matériel adapté à leur pratique et accessible à leurs étudiant.e.s.
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